Points clés à retenir
- Échappatoire comblée : Le 18 décembre 2025, la Federal Energy Regulatory Commission (FERC) a statué à l’unanimité que les règles actuelles de PJM pour les charges colocalisées sont « injustes et déraisonnables ».
- Exigences de partage équitable : les centres de données co-implantés avec des centrales électriques (comme l’accord d’Amazon à Susquehanna) ne peuvent plus éviter de payer pour la sauvegarde de la transmission tout en restant connectés au réseau public.
- Nouvelles classes de transport : La FERC a demandé à PJM de créer trois nouvelles catégories de services de transport adaptées aux charges qui peuvent limiter leur utilisation du réseau pendant les heures de pointe.
- Des échéances approchent : PJM a jusqu’au 17 janvier 2026 pour déposer ses nouvelles révisions tarifaires, mettant fin à des mois d’incertitude pour les usines d’IA à énergie nucléaire.
La fin du free ride “derrière le compteur”
Depuis un an, une guerre tranquille fait rage entre les géants technologiques les plus riches du monde et les services publics qui gèrent le réseau électrique américain. Au centre de ce conflit se trouve la « colocalisation », la pratique consistant à construire un immense centre de données d’IA directement à côté d’une centrale électrique, généralement nucléaire, pour contourner la file d’attente traditionnelle pour l’interconnexion du réseau.
Les géants de la technologie ont fait valoir que, parce qu’ils étaient « en retard », ils ne devraient pas avoir à payer pour les énormes lignes de transport qui maintiennent la stabilité du reste du réseau. Les services publics et les défenseurs des consommateurs ne sont pas d’accord, arguant que si la centrale nucléaire est mise hors service pour des raisons de maintenance, ces centres de données « se replient » immédiatement sur le réseau public, consommant de l’énergie qui devrait être destinée aux hôpitaux et aux foyers.
Le 18 décembre 2025, la FERC a finalement choisi son camp. Dans une rare décision unanime de 5-0, la commission a statué que le statu quo était fondamentalement rompu. Les centres de données ne peuvent plus gagner sur deux tableaux : ils ne peuvent pas profiter de la fiabilité du réseau sans payer pour l’infrastructure qui la fournit.
Analyse technique approfondie : l’ISA et le paradoxe de repli
Pour comprendre la décision, il faut comprendre le Contrat de service d’interconnexion (ISA). Il s’agit du « cordon ombilical » légal entre une centrale électrique et le réseau.
Le problème : la capacité de la plaque signalétique
Les ISA traditionnels ont été conçus pour un flux à sens unique : la centrale produit de l’électricité et le réseau la prend. Lorsqu’un centre de données est colocalisé, il « siphonne » essentiellement l’énergie avant qu’elle n’atteigne les lignes de transmission à haute tension. Des entreprises technologiques comme Amazon avaient déjà tenté de modifier ces ISA pour augmenter la charge colocalisée de 300 mégawatts (MW) à 480 MW sans payer pour des mises à niveau supplémentaires du réseau.
Le « paradoxe de repli » se produit parce que la physique ne reconnaît pas les contrats légaux. Si un réacteur nucléaire de 1 000 MW tombe en panne et s’arrête, le centre de données de 480 MW ne s’éteint pas simplement ; il essaie d’extraire ces 480 MW du réseau environnant. Sans sauvegarde de transmission appropriée, cette surtension peut provoquer des chutes de tension ou des pannes de courant pour les voisins.
La solution : les services conditionnés
L’ordonnance de la FERC ordonne à PJM de créer trois nouveaux types de services de transport. Il ne s’agit pas de connexions « tout ou rien ». Au lieu de cela, ils permettent aux centres de données de :
- Limiter les retraits : limitez automatiquement la consommation d’énergie en cas d’urgence du réseau.
- Demander un service partiel : payez uniquement pour la quantité de sauvegarde dont ils ont réellement besoin, plutôt que pour la capacité nominale totale du centre de données.
- Interconnexion excédentaire : Utiliser la capacité « excédentaire » restant sur les sites de centrales électriques existants qui n’ont pas été entièrement utilisés.
Cette approche utilise les calculs du Coût de transmission actualisé (LCOT) pour garantir que le centre de données paie une part au prorata de l’entretien du réseau. Si un centre de données utilise le réseau pour la sauvegarde seulement 5 % de l’année, il ne devrait pas payer 100 % du coût, mais il ne peut plus payer 0 %.
Contexte : Le catalyseur Susquehanna
Le chemin vers cette décision a commencé avec la Centrale électrique nucléaire à vapeur de Susquehanna en Pennsylvanie. En mars 2024, Talen Energy a vendu un campus de centre de données sur site à Amazon Web Services (AWS) pour 650 millions de dollars. Le plan était simple : Amazon obtient de l’électricité sans carbone à un coût fixe, et Talen bénéficie d’une prime par rapport au tarif du marché de gros.
Cependant, en novembre 2024, la FERC a rejeté une demande visant à augmenter la quantité d’énergie qu’Amazon pourrait extraire de la centrale. Cela a provoqué une onde de choc dans l’industrie, provoquant la chute des cours des actions des producteurs d’électricité indépendants (IPP).
La décision du 18 décembre constitue le « dernier mot » sur ce différend. Il dit essentiellement : « Vous pouvez conclure l’affaire, mais vous devez payer le prix à payer ». Il crée un cadre standard qui remplace les négociations « ad hoc » qui favorisaient les entreprises disposant des avocats les plus chers.
Les données : le saut de capacité de 800 %
L’urgence de cette décision est motivée par l’ampleur de la demande d’électricité. Dans la région PJM (qui couvre 65 millions d’habitants dans la région médio-atlantique), les prix des capacités pour la période 2025/2026 ont grimpé en flèche.
Statistiques clés :
- Pic du prix de la capacité PJM : passé de 28,92 USD/MW-jour à 269,92 USD/MW-jour, soit une augmentation de 800 %.
- Densité de puissance Blackwell : les clusters d’IA de nouvelle génération utilisant NVIDIA Blackwell (documentés dans la récente analyse matérielle) fonctionnent à 50-100 kW par rack, soit une multiplication par 10 par rapport aux normes existantes.
- Carnet d’interconnexion : PJM compte actuellement plus de 3 000 projets en attente de connexion au réseau, dont la majorité sont des énergies renouvelables « retardées » par la complexité des demandes de centres de données à forte charge.
Impact sur l’industrie
Impact sur les grandes technologies
Des entreprises comme Amazon, Microsoft et Google doivent désormais prendre en compte des coûts opérationnels plus élevés dans leurs déploiements d’IA. L’ère des « subventions par omission » est révolue. Cependant, la décision fournit également un « menu » clair d’options. Pour la première fois, une entreprise technologique peut calculer exactement ce que coûtera un projet de colocalisation en péages sur le réseau, ce qui pourrait en fait accélérer des transactions qui étaient auparavant bloquées dans le vide juridique.
Impact sur les énergies renouvelables
Il s’agit d’une victoire massive pour les développeurs éoliens et solaires. En obligeant les centres de données à payer leur part, cela évite que le coût du réseau soit transféré au grand public, ce qui inclut souvent les surtaxes utilisées pour financer les transitions renouvelables. Cela ouvre également la voie à une interconnexion « excédentaire », permettant aux sites de stockage de batteries (comme les déploiements de batteries record) de se connecter plus rapidement.
Impact sur les consommateurs
En mettant fin au « free ride », la FERC protège le ménage moyen des flambées de prix constatées. Si les centres de données avaient été autorisés à ignorer les paiements de transmission, ces coûts auraient été ajoutés aux factures mensuelles des familles de l’Ohio, de Pennsylvanie et de Virginie. Cette décision préserve le principe de « non-discrimination » du réseau électrique américain.
Défis et limites
- The Reliability Backstop : Même avec ces règles, le gestionnaire de réseau (PJM) a toujours le dernier mot. Si un projet est jugé trop risqué pour le réseau, aucune somme d’argent ne peut forcer son approbation.
- Juries d’État ou fédérales : Alors que la FERC gère le réseau à haute tension, les régulateurs d’État gèrent les lignes de distribution. Les projections suggèrent des batailles juridiques secondaires devant les tribunaux des États alors que les services publics tentent de trouver de nouvelles façons de taxer ces connexions « derrière le compteur ».
- Retard de mise en œuvre : le 17 janvier 2026 est la date limite de dépôt, mais il faudra probablement toute l’année 2026 pour que ces règles soient pleinement opérationnelles dans l’ensemble de l’empreinte PJM.
Quelle est la prochaine étape ?
Court Terme (S1 2026)
Gardez un œil sur le 19 janvier 2026. C’est la date limite pour le rapport d’information de PJM sur l’état du projet. Les observations du marché suggèrent un flot de nouvelles modifications de l’ISA alors qu’Amazon et d’autres se démènent pour se conformer au nouveau modèle de « route à péage ».
Moyen Terme (2027-2029)
L’accent passera de la « colocalisation » à l’« Interconnexion avancée ». Attendez-vous à voir des centres de données qui incluent leur propre [stockage de batterie sur site] massif (/energy/sodium-ion-salt-batteries) pour aider à « tamponner » leur utilisation du réseau, évitant potentiellement les frais de transmission les plus élevés.
Long terme (2030+)
La grille va probablement bifurquer. Les tendances du secteur suggèrent l’émergence de centres de données véritablement « îlotés » qui ne sont jamais connectés du tout au réseau public, s’appuyant plutôt sur de petits réacteurs modulaires (SMR) ou d’énormes panneaux solaires/batteries dédiés.
Ce que cela signifie pour les parties prenantes de l’industrie
La décision de la FERC en décembre constitue une « grande réinitialisation » de la relation entre l’IA et le réseau énergétique.
Pour les investisseurs en énergie :
- La valeur des sites nucléaires et gaziers existants vient d’augmenter. Ce sont désormais des hubs « légalisés » pour l’IA, à condition d’en payer le prix.
- Rechercher des entreprises ayant une forte capacité « Surplus Interconnection ».
Pour les opérateurs de centres de données :
- Votre modélisation CapEx est devenue plus complexe. « Derrière le compteur » n’est plus un mot magique pour « gratuit ».
- Investissez dans un logiciel de réponse à la demande. Si vous pouvez prouver que vous pouvez limiter votre charge, vos frais de réseau diminueront considérablement.
Le « Free Ride » est terminé, mais la route est désormais pavée. La révolution de l’IA va se poursuivre, mais pour la première fois, chacun paie sa juste part du prix.
Nos sources (4)
- gibsondunn.com FERC Orders PJM to Revise Tariff for Co-Located Loads
- akingump.com FERC Clears the Way for Co-Location (Akin Gump)
- jdsupra.com FERC Directs PJM to Establish New Co-Location Rules
- raokonidena.substack.com Under the Radar: The Hidden Cost of Data Center Co-Location
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